Suite du carnet de route, fin novembre 2007
La pluie a fini par arriver. Et pas qu'un peu. Des averses torrentielles rendant inaccessibles de nombreuses routes et villages, aux maisons inondées. Le déluge a battu des records. Sébastien a décrypté dans le quotidien "la nacion", que 2007 était l'année la plus pluvieuse depuis 50 ans.. Y'aurait pas du dérèglement climatique dans l'air?
Nous avons posé nos valises dans une cabina pas chic et pas cher, le Reggae Bar ça s'appelle, et le Reggae Bar c'est plutôt ringard, mais on est sous le charme. Face à nous, la mer. A gauche, le bar restaurant où traînent plus d'habitués que de touristes, avec les mêmes morceaux de reggae qui reviennent en boucle toute la journée ("lively up yourself", "get up stand up", "I shot the sherif", et soirs de fête, quand ils sont en forme, ils se déchaînent sur la musique de "fame"!)
Ici ça grouille d'enfants. Y'a Yennel qui ne marche pas, mais danse et virevolte, avec un ipod vissé aux oreilles, et enchaîne les chorégraphies; Ryan, fan de foot, qui n'hésite pas à s'étaler de tout son long dans la boue pour sauver un ballon d'un but constitué de deux noix de coco; y'a Nair, 3 ans, qui n'arrête pas de jacasser et qui n'est pas désespérée que l'on n'y comprenne pas grand chose; y'a le chien, Mocky, qui a établi ses quartiers sur notre terrasse (c'est notre chien de vacances, comme disent les enfants)...
Notre voisin, bien sympathique, est un artiste peintre dans la lignée du style caraïbe très coloré, pas trop énervé du pinceau, qui connaît trois mots de français et les met à toutes les sauces "ça va bien?" pour dire bonjour, "ça va bien?" pour dire au-revoir, "ça va bien?" pour dire merci..
On a nos repères horaires, "tiens, c'est le troupeau de 7h!": tous les matins une dizaine de chevaux galopent en liberté sur la plage, histoire de se mettre en forme avant de faire du promène-touriste. Les escadrons de perroquets survolent la maison à 17h30, en faisant des bruits de roues de vélo mal huilées.
"Nos" vendeurs de légumes ont suivi notre déménagement, les relations sont de plus en plus chaleureuses malgré nos échanges assez basiques, ils nous offrent tantôt une pastèque, tantôt des oignons blancs qu'ils ont mis de côté pour nous, contre un verre de jus d'orange.
Une renault 6 s'est posée un soir devant nous dans le jardin. "De argentina a mexico", bariolée de tous les drapeaux des pays traversés. L'aventurier se faisait un voyage à la "che guevara", il espérait trouver l'amour avec son carosse de métal, mais il n'en ramène que le chagrin qu'il promène depuis la Colombie. Mais son voyage n'est pas fini.
L'autre soir un Tico s'est installé devant nous dans le noir avec sa flûte traversière, pendant que son amie jonglait avec des bolas de feu, petit moment de poésie savoureux (il ne manquait plus que Gildas pour cracher du feu!).
Pas de singes ici dans le jardin plus dégarni, mais des oiseaux, écureuils, lézards, quelques cafards aussi, et des paresseux qui se baladent le long des fils électriques.
Sébastien s'est mis au surf, les enfants en profitent aussi et se régalent, surtout Léo, avec un sens de l'équilibre plutôt aiguisé.
Voilà un peu le décor quotidien.
Mais le Costa Rica ne se limitant pas à Cahuita, on a donc fait une petite valise (ça fait quand même encore quelques kilos !) pour aller voir un peu à quoi ressemblait ce pays. Au programme: Tortuguero, La Fortuna et le volcan Arenal, et pour finir, les forêts de nuage de Monteverde.
Tortuguero est un village au nord de la côte caraïbe, inaccessible par voie terrestre, seulement par voie fluviale. Ces canaux ont été créés pour relier rivières et lagunes naturelles. Nous avons pris un petit bateau à 3/4H d'ici, pour un voyage au fil de l'eau, entourés de jungle. 4H de régal à observer la nature autrement. Quantités d'aigrettes, hérons, spatules rosées, jacanas, cormorans, pélicans, tortues de rivière, paresseux, loutres, iguanes, et le must, des crocodiles.. Des gros, des vrais, tout prêt, même pas dans un zoo... Ils restent bien immobiles comme des statues, puis subitement se déplacent avec vivacité. Isaac a hurlé quand l'un d'entre eux a frôlé le bateau. Il préfère les singes, et nous aussi, c'est quand même un peu inquiétant ces grosses bestioles.
Quelques plantations de bananes, des vaches qui broutent tranquilles, de modestes habitations qui semblent sorties de nulle part, des petites barques de pêcheurs toutes frêles.
Le village de Tortuguero se perd dans la jungle, on devine à peine les premières maisons. C'est l'agitation fluviale qui signale que la vie humaine n'est pas loin. De nombreux bateaux de touristes se croisent et s'entrecroisent dans tous les sens. Tortuguero ("le lieu des tortues") c'est la maternité des tortues. 4 espèces de tortues marines sur les 8 qui existent au monde viennent y pondre leurs oeufs (les tortues luth, vertes, tortues imbriquées, et tortues caouannes), alors ça appâte le touriste, comme nous. Sauf que c'est pas la saison, les oeufs sont déjà là. Les bébés pointent le bout de leur nez, que l'on ne verra pas malgré un lever à l'aube. Nous verrons seulement les nids et coquilles vides, et les traces de leurs petites nageoires pour rejoindre la mer. Et des cadavres de nouveaux nés noyés dans leur nid par la pluie. En effet bien que ce soit une des régions les plus arrosées du pays, il est tombé des trombes d'eau inhabituelles sur Tortuguero la semaine avant notre passage. Les maisons sont entourées d'eau, les ruelles ruissellent, tout le monde patauge gaiement, les villageois prennent ça avec bonhommie. Pour nous, balade sur la plage et petit canoë à rame. Les enfants nous épatent par leur stoïcisme, et restent tranquilles 3h alors qu'on se prend des sceaux d'eau sur la tête, et qu'il ne faut pas bouger d'un poil au risque de déséquilibrer l'esquif : autour de nous le crocodile guette..
Pour rejoindre le monde terrestre, 2H en canot à moteur, à fond dans les méandres, à slalomer parfois entre les arbres flottants. Gros bain de jungle. La tronçonneuse posée à l'avant guette l'embuscade. Un vrai délice à nouveau. Décidément, Tortuguero et ses canaux nous ont conquis.
4H de mini-bus nous attendent ensuite, pour rejoindre le village de La Fortuna et le volcan Arenal (vers le nord-est du pays). Nous longeons des bananeraies, plantations de café (c'est la première fois que nous en voyons, c'est toujours grisant d'observer comment les plantes se développent!), prairies à boeufs, villages. Progressivement le paysage prend du relief. Le volcan, en activité (dernière grosse éruption en 1968), apparaît au loin, avec sa forme conique parfaite. Sur le coup, nous ne mesurons pas notre chance de le voir tel quel, car bien souvent les nuages masquent ses contours. Adieu les coulées de lave que nous espérions voir dans la nuit.
La Fortuna, plaque tournante de toutes les propositions touristiques: saut à l'élastique, rafting, ponts suspendus, balades équestres, canyoning, sources chaudes, ferme aux crocodiles, aux papillons... Pas question de laisser le touriste baguenauder inactif et les poches pleines. Ce volcan est une vraie poule aux oeufs d'or. Si demain il se rendort, adieu dollars et compagnie. Y'a aussi un côté station de ski, sans les skis, mais avec un télésiège qui passe au-dessus d'une coulée de lave !
Balade à la catarata de La Fortuna (chute d'eau de 70M), et plouf appréciable à ses pieds bleu turquoise dans un écrin de verdure, malgré un léger crachin. On cède à la consommation touristique et on se fait une bonne rando sur des sentiers et ponts suspendus. Mais pas de regrets. Pas la foule, et 3H de marche dans la forêt et sur une dizaine de ponts suspendus, certains à plus de 40M. C'est assez grisant pour les enfants, et pour nous aussi! On est au sommet des arbres, on voit la nature autrement, tout un tas d'oiseaux aux couleurs chattoyantes, et aussi des serpents perchés en haut des arbres!
Plouf dans les sources chaudes du volcan, on évite les sites chers et bondés, et on se retrouve dans des bassins pleins de collégiens et giennes, en sortie de fin d'année. Un vieux poste diffuse du rock à l'eau de rose, les jeunes ticos et leur prof de français s'enthousiasment devant les enfants, leurs offrent des glaces, ballons, Isaac passe de bras en bras. Sébastien enfile son maillot discrètement, et dans sa précipitation pudique, se coince le gros orteil dans l'élastique, vacille sur un pied les fesses à l'air, rétablit l'équilibre tant bien que mal, et reprend pied, lourdement... sur l'appareil photo...gloups.. notre "témoignage visuel" s'arrête donc là, restent les mots et nos images intérieures!
Première location de voiture pour s'échapper des parcours des bus, et charmante escale au village d'El Castillo perché sur les collines, avec vue imprenable sur les flans du volcan, et sur les eaux du lac Arenal (lac artificiel de 88km2 crée pour constituer un barrage hydroélectrique).
Le lendemain nous traversons ce lac en bateau, sous un crachin presque breton, pour accéder à la rive d'en face. Le paysage se devine dans la brume, du relief vert, et là, quelque-part derrière nous, le volcan qui bouillonne. Puis des chemins de caillasse plus que douteux, pendant 3H en mini-bus, au coeur d'un décor bucolique tenant à la fois de l'Irlande et de la Suisse, des collines vallonnées (qui font penser à des boîtes à oeufs, ou à des pistes rouges bosselées, ça dépend des références!), des troupeaux de vaches qui font des taches blanches dans la verdure, et quand un rayon de soleil perce la brume, c'est de toute beauté.. Nous voilà fourbus à Santa Elena.
Santa Elena et Monterverde (village de Quakers) sont un peu des incontournables au Costa Rica, pour leurs forêts de nuages, et aussi pour l'observation du quetzal. Cet oiseau mythique, symbole de liberté (il semble qu'il ne puisse survivre en captivité), emblème du Guatemala, attire tout un tas d'ornithologues. Bon, nous on n'était pas à la bonne période, et il aurait fallu que le quetzal soit sourd et aveugle pour que nous ayons une chance de l'approcher, avec nos trois énervés, se poursuivant battons en main à travers la forêt. Mais à elle seule, la réserve de Santa Elena vaut le détour. Comment la décrire? Elle est "moussue"; mousses et lichens habillent complètement troncs et branches (un casse tête de scout pour trouver le nord !), et une déclinaison de verts, clair, foncé, moyen clair et, euh.. des ruisseaux. ah oui, aussi de la brume et de la bruine. Enfin, c'est assez étonnant, et boueux, Sacha va même s'en couvrir de la tête au pied en plongeant dans un fossé. Cet environnement reste assez préservé grace à ses routes volontairement pourries, mais c'est quand même un gros départ d'activités "éco-touristiques bo-bo". Nous logeons dans une sorte d'auberge de jeunesse, où ça brasse toutes les langues (enfin dominante d'Américains quand même), tous types de cuisine à n'importe quelle heure, des guitares sont de sortie. C'est assez bon enfant comme ambiance, plutôt jeunot, nous détonnons avec nos trois loustics. Mais au bout de trois jours, on perd de vue où on est, notre reggae-bar plus "trash" nous manque un peu.
Nous nous surprenons à prendre plaisir à parcourir le supermarché du village, bien achalandé comparé à Cahuita.
Le lendemain, virée pédestre au "bosque eterno de los ninos" (forêt éternelle des enfants). Une jolie histoire, que nous souhaitions faire découvrir aux enfants. En 1987, une instit suédoise, après un séjour dans ce bout de monde, a sensibilisé sa classe à la déforestation et à toutes ses répercutions pour la biodiversité. Un de ses élèves a alors proposé de racheter avec ses économies une partie de la forêt, pour la laisser en paix. Le mouvement était lancé, et après de nombreuses écoles suédoises, 48 pays ont aujourd'hui cotisé pour préserver plus de 22 000 hectares (et ça fait des "petits" ailleurs, l'ICRN, International Children's Rainforest Network touche notamment l'Equateur).
Après une autre rando dans une autre réserve, nous sommes arrivés à saturation de la consommation du tourisme éco-vert. Tout est bio ou éco-quelquechose. Les sentiers aménagés sont soit dans les parcs nationaux soit dans des parcs privés. Aussi payants les uns que les autres. Outre la faune et la flore incroyables, on n'y rencontre pas de bûcherons, mais des guides ornitho pour touristes ou des touristes. Le dernier jour, quand on a voulu faire du hors piste, on s'est retrouvé à marcher au bord de la route, dans la poussière des voitures. Bon le positif c'était la vue dégagée superbe, sur les collines verdoyantes et sur le golfe et presqu'île de Nicoya. Et les rencontres authentiques. Ainsi un tico grisonnant, chapeau de cow-boy, ceinturon, santiags en croco rouges pétantes, petite moustache, nous accompagne un bout de chemin. On a beau lui dire "hablamos un poquito espanol", il tchatche à toute bringue, sourire aux lèvres. Pour reprendre son souffle, il sort une fiole de vodka, en descend une bonne dose, puis la balance allègrement dans le fossé en déclamant hilare "pura vida"! C'est le slogan du Costa Rica : la vie pure...
Un trajet de 10 heures en bus nous attend pour retrouver Cahuita, les cours du CNED pour léo, et nos petites habitudes. Les enfants nous ont bluffé à encaisser si bien ces kilomètres souvent cahoteux, dans tous types de transport, les randonnées de plusieurs heures sous tous les temps. C'est bon, on peut continuer...
Salutations à tous, merci pour vos commentaires sur le blog ou notre mail, y hasta luego!
(phrase du jour: allongés sur le sable avec Sacha après une bonne baignade, je lui demande à quoi il pense: "je pense que la bie est velle!")
magnifiques tous les 5 .